Expertise validée par
Mathieu Bertrand-Demanes
PER : deux changements discrets, un impact réel sur votre stratégie de versement
Depuis le 1er janvier 2026, deux règles fiscales ont changé pour le plan d'épargne retraite (PER). Ni l'une ni l'autre n'a fait la une des journaux, et c'est précisément le problème : on continue de voir des clients verser sur leur PER sans savoir que l'un de ces changements concerne directement leur situation, parfois dès cette année.
Ce que la loi de finances 2026 modifie concrètement
Premier changement : les versements effectués à partir de 70 ans ne donnent plus droit à déduction fiscale. C'est une rupture nette avec la règle antérieure, qui ne connaissait aucune limite d'âge. Attention à la date exacte : la loi vise les versements effectués à compter du jour du soixante-dixième anniversaire. Le dernier versement déductible est donc celui de la veille de vos 70 ans, pas celui du jour même.
La mesure ne se limite pas au PER individuel. Elle couvre l'ensemble des plans d'épargne retraite, individuels comme collectifs ou obligatoires, ainsi que le sous-compte français du produit paneuropéen d'épargne-retraite. L'épargne salariale versée sur un PER après 70 ans perd elle aussi son exonération.
En contrepartie, ces versements suivent le régime des versements non déduits : la part du capital qui leur correspond ressort exonérée d'impôt sur le revenu à la sortie. On perd l'avantage à l'entrée, on récupère l'exonération à la sortie sur ce même montant. Deux précisions comptent ici. D'une part, seule la part correspondant aux versements est exonérée : les gains restent taxés au prélèvement forfaitaire unique. D'autre part, en cas de sortie en rente, ces versements basculent sur le régime des rentes viagères à titre onéreux, avec l'abattement lié à l'âge d'entrée en jouissance. Au-delà de 69 ans, seuls 30 % de la rente sont imposables, ce qui compense en partie l'absence de déduction initiale.
Second changement : le report des plafonds non utilisés passe de 3 à 5 ans. Jusqu'ici, si vous n'aviez pas épuisé votre plafond de déduction sur une année donnée, vous disposiez de trois ans pour l'utiliser. Ce délai s'allonge à cinq ans pour les plafonds constitués à partir de 2026. Les plafonds non consommés de 2024 et 2025 restent soumis à l'ancienne règle des 3 ans.
Pour rappel, le plafond de déduction de chaque contribuable figure sur son avis d'imposition. Il est calculé sur la base des revenus de l'année précédente, avec un plancher et un plafond déterminés à partir du PASS, le plafond annuel de la sécurité sociale. Pour les versements effectués en 2026 par un salarié, un retraité ou une personne sans activité, ce plafond est compris entre 4 710 € et 37 680 €, calculés sur le PASS 2025 (47 100 €). Les travailleurs non salariés relèvent d'un régime distinct, plus favorable et assis sur le PASS 2026 (48 060 €), avec un plancher de 4 806 € et un plafond pouvant atteindre 88 911 €. Les couples mariés ou pacsés soumis à imposition commune peuvent, sur option annuelle, mutualiser leurs deux plafonds en cochant la case 6QR de leur déclaration. Cela n'augmente pas la capacité globale du foyer, qui était déjà la somme des deux plafonds, mais cela permet à l'un des conjoints d'absorber le plafond que l'autre n'utilise pas.
Ce que ça change en pratique, et les erreurs que nous voyons
Sur la règle des 70 ans, la première réaction de beaucoup de clients est « de toute façon, je serai à la retraite avant ». Ce n'est plus si évident. Avec des carrières longues, des départs différés, et des clients qui continuent à percevoir des revenus d'activité bien après 65 ans, nous croisons régulièrement des profils concernés par cette limite. Si vous approchez de 70 ans et envisagez un effort de versement important, le calendrier compte au jour près.
Sur le report à 5 ans, c'est une opportunité réelle pour ceux dont les revenus fluctuent : indépendants, dirigeants, professions libérales. L'allongement à 5 ans permet de lisser des versements importants sur une fenêtre plus large, en rattrapant des années de faible capacité d'épargne lors d'une année de revenus exceptionnels. En rendez-vous, nous conseillons de vérifier dès maintenant les plafonds encore disponibles. En 2026, la fenêtre exploitable couvre les plafonds de 2023, 2024 et 2025, auxquels s'ajoute celui de l'année en cours. Certains clients ont des capacités de report significatives qu'ils ne soupçonnent pas.
Une erreur fréquente : confondre la déduction fiscale et l'économie d'impôt réelle. Déduire 5 000 € ne fait pas économiser 5 000 €. L'économie dépend de votre tranche marginale d'imposition (TMI). À 30 % de TMI, un versement de 5 000 € réduit l'impôt de 1 500 €. À 41 %, c'est 2 050 €. En contrepartie, la sortie en capital sur des versements déduits est réintégrée dans vos revenus imposables selon le barème progressif. Le PER n'efface pas l'impôt, il le décale, et ce décalage est avantageux si votre TMI à la retraite est inférieure à celle pendant votre vie active.
L'option « non-déduction » mérite d'être évoquée pour les profils dont la TMI est faible ou dont l'horizon de sortie est court. Si vous ne déduisez pas à l'entrée, le capital versé ressort exonéré d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux à la sortie. Seuls les gains générés sont alors soumis au prélèvement forfaitaire unique, c'est-à-dire l'impôt sur le revenu au taux de 12,8 % et les prélèvements sociaux, dont le taux est passé à 18,6 % au 1er janvier 2026, soit un taux global de 31,4 %. Cette option est souvent sous-utilisée.
Comment nous calibrons les versements sur nos dossiers
Dans notre pratique, nous positionnons rarement le PER comme un produit autonome. Il s'intègre dans une stratégie globale : on le combine avec l'assurance-vie pour gérer les besoins de liquidité, le PER restant bloqué jusqu'à la retraite hors cas de déblocage anticipé, et on calibre les versements déductibles en fonction de la TMI réelle du foyer, pas seulement de la TMI théorique.
Un point technique nouveau renforce cet arbitrage. La hausse des prélèvements sociaux à 18,6 % s'applique aux gains du PER, quel que soit le type de plan, bancaire ou assurantiel. L'assurance-vie, elle, reste à 17,2 %. L'écart est modeste sur une année, il ne l'est plus sur un encours de gains constitué pendant vingt ans. À arbitrage fiscal comparable, la poche liquidité a désormais un argument de plus pour être logée en assurance-vie.
Sur nos dossiers, nous observons qu'un effort de versement devient clairement pertinent à partir d'une TMI de 30 %, et que la bonne fenêtre se situe entre 10 et 15 ans avant la retraite envisagée : assez loin pour que l'épargne travaille, assez près pour que la TMI à la sortie soit maîtrisable. En deçà de cette fenêtre, ou pour des revenus proches du bas de la tranche à 30 %, l'arbitrage mérite d'être posé sérieusement avant de verser.
Pour les dossiers concernés par la limite des 70 ans, nous avons commencé dès janvier à revoir les plans de versement pluriannuels. Si votre horizon est court, mieux vaut concentrer l'effort maintenant que le diluer sur des années où la déductibilité ne sera plus au rendez-vous. Et si vous avez déjà passé le cap, le PER ne perd pas tout intérêt pour autant : les versements effectués après 70 ans conservent un abattement successoral global de 30 500 € partagé entre les bénéficiaires, sur le modèle de l'assurance-vie. L'objectif devient patrimonial plutôt que fiscal.
Une simulation complète, avec les plafonds disponibles, l'impact TMI et la fiscalité de sortie projetée, est le point de départ incontournable. Nous la réalisons lors d'un premier échange, sans engagement. Retrouvez notre page dédiée au PER individuel pour en savoir plus sur notre approche.
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les supports en unités de compte présentent un risque de perte en capital : leur valeur n'est pas garantie et dépend de l'évolution des marchés financiers. Le traitement fiscal dépend de la situation individuelle de chaque contribuable et peut évoluer.
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