Expertise validée par
Mathieu Bertrand-Demanes
Taux immobiliers : ce que les chiffres de la Banque de France disent vraiment
Depuis décembre 2025, le taux moyen des nouveaux crédits à l'habitat repart à la hausse. En janvier 2026, il s'établissait à 3,17 % — contre 3,08 % le mois précédent. En juin 2026, la Banque de France le mesure à 3,27 %. Soit 19 points de base gagnés en six mois, après un repli de 22 points sur toute l'année 2025.
Une précision d'emblée, parce qu'elle revient souvent en rendez-vous : ce taux publié par la Banque de France est le TESE, c'est-à-dire la composante intérêt seule du crédit. Le TAEG — le taux annuel effectif global — que l'emprunteur paie réellement intègre en plus les frais de dossier, l'assurance et les garanties. Le TESE est donc systématiquement inférieur au coût réel du financement. Quand un banquier vous annonce un taux, demandez-lui toujours lequel.
Une remontée réelle, mais ni linéaire ni brutale
La série mensuelle mérite d'être lue attentivement. Après le saut de janvier, les taux ont presque stagné entre mars et mai (3,22 %, 3,22 %, 3,21 %), avant de rebondir à 3,27 % en juin. Rien d'une trajectoire en ligne droite vers 4 %. Le mouvement est réel, il est confirmé — la même tendance s'observe dans l'ensemble de la zone euro, avec +13 points de base en moyenne depuis fin 2025 selon le Panorama de la Banque de France d'avril 2026 — mais il reste mesuré.
Ce qui change la donne, c'est le signal que cette remontée envoie aux acquéreurs qui avaient attendu la fenêtre de 2025. La production de crédits à l'habitat s'était redressée à 146,7 Mds€ en 2025, en hausse de 33 % par rapport à 2024, après deux années de repli sévère. En juin 2026, la production mensuelle désaisonnalisée atteignait encore 13,2 Mds€. Le marché du crédit n'est pas bloqué — il se refinance à des conditions qui se dégradent lentement.
Par ailleurs, 97 % des crédits accordés en France sont à taux fixe. Cela signifie que les emprunteurs déjà en place ne sont pas concernés par cette remontée. Elle ne touche que les nouveaux dossiers — et c'est ce que nous voyons en accompagnement de projets.
Ce que nous observons en dossiers
En pratique, plusieurs constantes reviennent dans nos rendez-vous de rentrée. D'abord, le ticket moyen emprunté a légèrement reculé : 191 000 € sur les quatre premiers mois de 2026, contre 194 000 € en moyenne sur 2025. Ce n'est pas un effondrement, mais ça traduit un ajustement des plans de financement : certains acquéreurs réduisent la surface, d'autres augmentent l'apport pour rester dans leur capacité de remboursement. La Banque de France le confirme : le pouvoir d'achat immobilier des ménages a légèrement reculé au premier trimestre 2026 sous l'effet de la hausse des taux.
Ensuite, la durée des prêts reste longue — 23 ans et 5 mois en moyenne pour l'ensemble des emprunteurs, 23 ans et 11 mois pour les primo-accédants selon les données de juin 2026. Cela illustre une réalité que nous répétons souvent : s'endetter plus longtemps pour compenser la hausse du taux ne fait que déplacer le problème. Sur un investissement locatif, la durée allonge la période pendant laquelle le cash-flow est comprimé.
| Taux (TESE) | Mensualité (hors assurance) | Coût total des intérêts |
|---|---|---|
| 2,50 % (Pour mémoire) | 912 € | 60 833 € |
| 3,00 % (Début 2026) | 964 € | 75 066 € |
| 3,27 % (Juin 2026 - Taux BDF) | 992 € | 82 858 € |
| 4,00 % (Hypothèse de tension) | 1 070 € | 104 227 € |
| 4,24 % (Niveau OAT actuel) | 1 096 € | 111 498 € |
*Simulation réalisée sur un capital emprunté de 191 000 € (ticket moyen début 2026) sur une durée de 23 ans (276 mois). Hors assurance emprunteur.
Notre seuil de vigilance, celui qui nous fait recalibrer un plan de financement plutôt que de valider à la hâte : quand le coût de l'argent dépasse de plus de 80 points de base le rendement brut locatif attendu, le bouclage patrimonial devient fragile. Ce n'est pas une règle gravée dans le marbre, c'est ce que nos simulations produisent régulièrement sur des dossiers d'investissement locatif entre 150 000 et 300 000 €. À 3,27 % de composante intérêt aujourd'hui, on reste dans une fenêtre opérationnelle — mais la marge se rétrécit.
Ce qu'il faut surveiller, et comment se préparer
L'indicateur à suivre en amont des taux bancaires, c'est le rendement de l'OAT 10 ans — l'emprunt d'État français à dix ans, dont les banques se servent comme référence pour fixer leurs marges. S'il s'établissait en moyenne à 3,37 % sur l'année 2025, il a connu une nette tension à la rentrée 2026 : selon les données de l'Agence France Trésor, l'OAT 10 ans a franchi la barre des 4,10 % fin août pour s'établir à 4,24 % début septembre (taux TEC 10 au 8 septembre 2026). Une évolution qui pourrait constituer le signal d'une accélération de la hausse dans les mois à venir.
Pour un investisseur qui hésite à lancer un dossier de financement cet automne, la question n'est pas « est-ce que les taux vont encore monter ? » — personne ne le sait avec certitude. La vraie question est : est-ce que le projet tient à 3,27 % ? Et à quel taux cesse-t-il d'être rentable ? Ce calcul, c'est celui que nous faisons systématiquement avant toute mise en concurrence bancaire. Vous pouvez en avoir un premier aperçu avec notre simulateur d'enveloppe d'investissement.
Une chose est certaine : attendre que les taux redescendent est une stratégie risquée si elle repose sur l'idée que 2025 va se répéter. La détente de l'an dernier a répondu à un cycle de politique monétaire précis. Ce cycle est derrière nous. Si votre projet est solide sur le fond, le bon moment pour le chiffrer, c'est maintenant — pas pour signer à tout prix, mais pour savoir précisément où vous en êtes.
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.
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