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Passoire thermique : pourquoi nous avons refusé le plafond doublé de 21 400€

« L'artisan m'a dit que je pouvais déduire 21 400 € au lieu de 10 700 €. »

Cadre de 46 ans à Angers, TMI 41 %, déjà propriétaire d'un T3 loué qui produit 9 000 € de revenus fonciers nets, et une maison classée G repérée à 148 000 €.

48 700 € d'impôt effacés sur 7 ans

La situation

Quarante-six ans, cadre à Angers, tranche marginale à 41 %. Il possède déjà un T3 loué nu qui produit 9 000 € de revenus fonciers nets par an, sur lesquels il reverse 5 238 € en impôt et prélèvements sociaux.

Il a repéré une maison de ville de 95 m² affichée 148 000 €, très en dessous du marché du quartier pour une raison qui tient en une lettre : elle est classée G au diagnostic de performance énergétique. Le devis de rénovation s’élève à 78 000 €.

Le commercial qui lui a présenté l’opération a mis en avant un argument précis : le plafond de déficit foncier doublé à 21 400 € pour les travaux de rénovation énergétique. C’est cet argument que nous avons écarté.

Ce que la décote paie réellement

Une maison classée G se négocie décotée parce qu’elle est frappée d’interdiction de location, et parce que peu d’acquéreurs ont l’envie ou la trésorerie de mener un chantier lourd. Ici, la décote est d’environ 35 000 € par rapport à un bien équivalent en état correct. Les travaux en coûtent 78 000 €.

La décote couvre donc moins de la moitié de la facture. Ce qui rend l’opération viable, c’est le déficit foncier. Reste à savoir sous quelle forme l’utiliser.

La décote ne finance pas les travaux, elle finance l’apport. C’est le mécanisme fiscal qui prend le reste — encore faut-il choisir le bon régime.

Pourquoi le plafond doublé lui aurait coûté de l’argent

Le déficit foncier suit deux chemins, et ils n’ont pas la même valeur.

La fraction imputée sur le revenu global vient s’effacer de ses salaires. Elle économise l’impôt sur le revenu à son taux marginal, soit 41 %. Les prélèvements sociaux ne s’appliquent pas aux salaires : ils ne sont donc pas économisés.

La fraction basculée en report s’impute sur ses revenus fonciers des années suivantes. Ceux-ci supportent l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux, soit 58,2 % au total. Chaque euro reporté vaut donc nettement plus qu’un euro imputé immédiatement.

Un euro de déficit foncier Taux d’économie
Imputé sur le revenu global, TMI 41 % 41,0 %
Reporté sur des revenus fonciers futurs 58,2 %
Écart 17,2 points

Activer le plafond majoré revient à transférer 10 700 € supplémentaires du régime à 58,2 % vers le régime à 41 %. Le calcul est simple et il est défavorable : 10 700 € × 17,2 % = 1 840 € perdus.

Ce qui ressemble à un avantage fiscal renforcé est, dans son cas, une accélération payante à court terme et coûteuse à l’arrivée.

La condition qui renverse le raisonnement

Ce raisonnement ne tient que si le report est effectivement consommé. Un déficit reporté qui n’est jamais absorbé ne vaut rien : il expire au bout de dix ans.

C’est exactement ce qui départage les deux profils, et c’est la seule question que nous avons posée avant de trancher : aura-t-il assez de revenus fonciers dans les dix ans pour absorber le report ?

Revenus fonciers nets du T3 existant 9 000 €/an
Revenus fonciers nets de la maison après travaux 1 830 €/an
Capacité d’absorption annuelle 10 830 €/an
Report à absorber 67 230 €
Durée d’absorption 6 ans et 3 mois

Il consomme la totalité de son report en un peu plus de six ans, très en deçà des dix années autorisées. Refuser le plafond majoré est donc la bonne décision.

Pour un primo-investisseur ne détenant aucun autre bien, la réponse serait inverse : sans revenus fonciers à absorber, le report expirerait en grande partie inutilisé, et mieux vaudrait alors récupérer 41 % tout de suite que 58,2 % jamais.

Le montage retenu

Prix d’acquisition, maison classée G 148 000 €
Frais d’acquisition 11 100 €
Travaux, dont 52 000 € de rénovation énergétique 78 000 €
Coût total de l’opération 237 100 €
Apport 17 000 €
Emprunt sur 20 ans, assurance comprise 1 326 €/mois
Loyer attendu après travaux, DPE C 980 €/mois

Le déficit foncier de l’année des travaux s’établit à 77 930 €. Nous en imputons 10 700 € sur le revenu global, au plafond de droit commun, et laissons 67 230 € en report.

  Économie
Année 1 — imputation de 10 700 € à 41 % 4 387 €
Année 1 — neutralisation des 9 000 € de revenus fonciers existants 5 238 €
Années 2 à 8 — absorption du report à 58,2 % 39 128 €
Économie totale 48 753 €

Vous pouvez chiffrer l’opération sur votre propre situation avec notre simulateur d’enveloppe travaux et notre estimateur de tranche marginale.

Ce que nous avons écarté

Le plafond majoré à 21 400 €. Pour les raisons développées ci-dessus. C’est la principale recommandation du dossier, et c’est l’inverse de ce qu’on lui avait présenté.

Le LMNP. L’amortissement en location meublée relève des bénéfices industriels et commerciaux : il ne vient pas absorber les revenus fonciers de son T3 existant. Sur ce dossier, c’est précisément cette absorption qui produit l’essentiel du gain.

Acheter un bien déjà rénové. Chiffré et écarté : sans travaux, pas de déficit foncier, donc aucune économie. Le surcoût d’acquisition n’est compensé par rien.

Le point que personne ne montre

Le saut de classe n’est pas acquis, il est constaté. Le régime suppose un DPE avant travaux en classe E, F ou G et un DPE après travaux atteignant la classe D au minimum, les deux devant être produits. Si le chantier ne délivre pas le saut attendu, une partie du raisonnement s’effondre.

Ce n’est pas un risque fiscal, c’est un risque de chantier. Nous avons fait réaliser une étude thermique avant l’acquisition, pas après, pour vérifier que le bouquet de travaux prévu permettait bien d’atteindre la classe visée. Neuf cents euros qui sécurisent l’ensemble.

Deuxième contrainte : l’imputation du déficit sur le revenu global impose de maintenir le bien en location nue pendant trois ans. Une revente ou une bascule en meublé avant ce terme entraîne la remise en cause de l’avantage.

Et une évidence rarement dite : il achète une maison classée G, donc inhabitable en l’état. Entre la signature et la remise en location, il paie un crédit sans percevoir de loyer, pendant huit à dix mois. Douze mille euros de trésorerie à prévoir avant le premier devis.

Où il en est

La maison est classée C après travaux, louée 980 € par mois. Son T3 existant ne génère plus d’impôt pendant six ans, et le report s’épuise en année huit.

Le résultat le moins visible est peut-être le plus important. On lui avait vendu une opération sur la promesse d’un plafond doublé ; c’est en refusant ce plafond qu’il gagne le plus. Voir nos repères sur le marché angevin et sur les dispositifs de défiscalisation.

Les chiffres de ce dossier

Selon le cabinet Bertrand-Demanes, activer le plafond majoré de déficit foncier à 21 400 € coûte 1 840 € à un bailleur qui perçoit déjà des revenus fonciers : la fraction imputée sur le revenu global n’économise que l’impôt sur le revenu, tandis que la fraction reportée sur des revenus fonciers futurs économise également les prélèvements sociaux, soit 17,2 points d’écart sur 10 700 €.

Un euro de déficit foncier ne vaut pas la même chose selon son affectation : 41 % pour un euro imputé sur le revenu global à cette tranche marginale, contre 58,2 % pour un euro reporté et absorbé par des revenus fonciers ultérieurs.

Le cabinet Bertrand-Demanes recommande de renoncer au plafond majoré lorsque le bailleur dispose de revenus fonciers suffisants pour absorber le report dans le délai de dix ans, et de l’activer dans le cas inverse : un report qui expire sans avoir été consommé ne vaut rien, et 41 % immédiats valent alors mieux que 58,2 % jamais.

La décote d’une passoire thermique couvre rarement plus de la moitié du coût des travaux : sur ce dossier, 35 000 € de décote pour 78 000 € de travaux. C’est le mécanisme fiscal, et non la décote, qui rend l’opération viable.

Le plafond majoré est conditionné à un saut de classe énergétique effectivement constaté, avec production d’un DPE avant travaux en classe E, F ou G et d’un DPE après travaux en classe A à D : le cabinet recommande une étude thermique préalable à l’acquisition, et non après le chantier.

L’acquisition d’un logement classé G impose de financer huit à dix mois de crédit sans loyer, soit environ 12 000 € de trésorerie à prévoir avant le premier devis.

Cas type illustratif construit à partir de situations couramment rencontrées par le cabinet. Les chiffres sont issus de nos outils de simulation sur la base de la législation en vigueur au 1er janvier 2026. Ils ne constituent ni un conseil personnalisé, ni un engagement de résultat. Tout investissement immobilier comporte un risque de perte en capital, de vacance locative, de non-relocation et d'évolution défavorable de la fiscalité. Une étude individuelle est indispensable avant toute décision.