Expertise validée par
Mathieu Bertrand-Demanes
L'abattement de 10 % sur les pensions dans le viseur du budget 2027
Le gouvernement Lecornu remet sur la table un dossier que le Parlement avait écarté l'an dernier : l'abattement de 10 % dont bénéficient les retraités sur leurs pensions pour le calcul de l'impôt sur le revenu. Parmi les pistes présentées pour le budget 2027, l'exécutif ne supprimerait pas le mécanisme mais en abaisserait le plafond, de 4 439 € aujourd'hui (revenus 2025) à 3 000 €. Ce chiffre n'est pas nouveau. Lors du budget 2026, le gouvernement proposait au départ de remplacer l'abattement par un forfait de 2 000 € par retraité ; le Sénat avait préféré un plafond ramené à 3 000 €, et l'Assemblée nationale a finalement supprimé l'article en janvier 2026.
Petit rappel du fonctionnement. En vertu de l'article 158 du CGI, les pensions de retraite (régime de base, complémentaires, pensions de la fonction publique) bénéficient d'un abattement de 10 % calculé sur leur montant imposable, c'est-à-dire le montant déclaré après déduction de la CSG déductible, et non le brut qui figure en haut du relevé de pension. Cet abattement est plafonné au niveau du foyer fiscal, pas par personne, et il ne peut pas être inférieur à 454 € par pensionné. Au 25 septembre 2026, il ne s'agit que d'une piste : le projet de loi de finances pour 2027 n'a pas encore été déposé au Parlement. La mesure peut encore être abandonnée ou modifiée, comme l'an dernier.
Qui est concrètement touché, et à partir de quel niveau de pension
Le plafond actuel est atteint dès que les pensions imposables du foyer dépassent 44 390 € par an. Avec un plafond à 3 000 €, ce seuil tomberait à 30 000 €, soit 2 500 € par mois de pensions imposables pour l'ensemble du foyer. Prenons un couple dont chaque conjoint perçoit 1 500 € de pension imposable par mois, soit 36 000 € par an : son abattement passerait de 3 600 € à 3 000 €. Ce n'est pas le profil du rentier exceptionnel, c'est celui d'une bonne partie de nos clients.
Pour un foyer qui atteint déjà le plafond actuel, la perte d'abattement est de 1 439 €. En impôt supplémentaire, cela représente environ 158 € par an dans la tranche à 11 %, 432 € dans la tranche à 30 % et 590 € dans la tranche à 41 %. Entre 30 000 € et 44 390 € de pensions, la perte est proportionnellement plus faible. Ce n'est pas une somme qui ruine, mais elle s'ajoute au reste, d'autant que le même budget envisage de geler ou de sous-indexer une partie des pensions.
Il y a aussi un effet moins visible. L'abattement vient réduire le revenu fiscal de référence. Le raboter fait donc monter ce RFR, ce qui peut faire basculer certains foyers vers un taux de CSG plus élevé sur leurs pensions, ou leur faire perdre un avantage soumis à conditions de ressources. Pour certains retraités, c'est cet effet de seuil qui coûtera le plus cher.
Attention en revanche à ne pas tout mélanger. Les rentes viagères constituées à titre onéreux, comme la sortie en rente d'une assurance-vie ou la rente issue d'une vente en viager, ne bénéficient pas de l'abattement de 10 % : elles sont imposées sur une fraction qui dépend de l'âge du bénéficiaire au premier versement. Pour le PER, tout dépend de l'origine des sommes. La rente issue de versements volontaires déduits à l'entrée, comme celle issue de versements obligatoires d'entreprise, est imposée comme une pension : elle profite de l'abattement et serait donc concernée par la baisse du plafond. Seule la part issue de versements non déduits relève du régime des rentes à titre onéreux. Confondre ces régimes dans une simulation donne des chiffres faux.
Ce que nous observons en rendez-vous, et pourquoi la vraie question n'est pas là
Quand ce type de projet budgétaire sort, le réflexe naturel est de chercher un levier fiscal qui compense le surcroît d'impôt. C'est légitime, mais c'est rarement le bon point de départ. La vraie question, pour un foyer de retraités qui atteint le plafond, c'est la composition de ses revenus : quelle part vient des pensions, quelle part des loyers, des dividendes, des rachats sur assurance-vie ?
Sur nos dossiers, les foyers les plus exposés à cette mesure sont souvent ceux dont le patrimoine repose surtout sur la résidence principale et un ou deux biens loués nus, avec peu de revenus financiers modulables. Pour eux, la marge de manœuvre sur l'impôt courant est faible. Ceux qui disposent d'une épargne financière significative ont davantage de latitude, à condition de piloter leurs retraits année après année. C'est un travail de planification, pas une opération ponctuelle.
Concrètement, un foyer de retraités qui détient 150 000 € ou plus en assurance-vie a généralement de quoi compléter ses revenus sans alourdir sa fiscalité. Sur un contrat de plus de huit ans, seule la part de gains contenue dans chaque rachat est imposable, et elle profite d'un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) sur l'impôt, les prélèvements sociaux restant dus. Programmer des rachats réguliers pour utiliser cet abattement chaque année, plutôt qu'un gros retrait ponctuel, permet de lisser l'imposition sur plusieurs années. En dessous de ce niveau d'épargne, l'effet de levier est plus limité, et la réponse passe plutôt par un audit patrimonial global pour identifier d'où vient réellement la pression fiscale et sur quoi on peut agir sans prendre de risque supplémentaire.
Anticiper sans s'emballer : notre position
L'an dernier, ce même plafond à 3 000 € avait été voté au Sénat avant d'être supprimé par l'Assemblée. Rien ne garantit que cette nouvelle tentative aille au bout. Nous déconseillons donc de réorganiser un patrimoine sur la foi d'une piste budgétaire : le texte définitif, s'il est adopté, pourrait différer sensiblement de ce qui circule aujourd'hui, à commencer par le montant du plafond et l'année d'application.
Le calendrier compte aussi. Si la mesure s'applique dès les revenus 2026, déclarés au printemps 2027, il n'y aura plus rien à ajuster pour cette année-là au moment du vote. Les leviers porteront sur les revenus 2027 et suivants. C'est pour cela que le moment est bien choisi pour faire le point, sans urgence, sur la structure des revenus du foyer. Si la mesure passe, ceux qui auront fait ce travail pourront agir dès janvier 2027.
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.
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